7 - Comment optimiser sa note de l’index égalité professionnelle ?

Guillaume CAMPISTRON
Associé au sein du cabinet AGcie, consultant en Rémunération et Contrôle de Gestion Sociale
Les entreprises (et les UES) d’au moins 50 salariés ont l’obligation de publier chaque 1er mars au plus tard un « index de l’égalité professionnelle » qui est censé mettre en lumière les éventuelles disparités de rémunération entre les femmes et les hommes. Un index intérieur à 75 points sur 100 nécessite de mettre en œuvre des mesures de correction. L’absence d’initiative de l’entreprise est sanctionnée par une pénalité. Le fait de ne pas avoir pu revenir à au moins 75 points au bout de 3 ans donne également lieu à une pénalité (c. trav. art. L. 1142-9 à L. 1142-10).
En moyenne, les entreprises qui ont respecté leur obligation de publication ont eu une note de 86 points sur 100 en 2022, soit 1 point de plus que l’année dernière. Seules 2 % ont eu 100 points. Enfin, 61 % ont publié leur note le 1er mars 2022, comme l’impose le décret d’application du 8 janvier 2019 (décret 2019-15 du 8 janvier 2019 ; c. trav. art. D. 1142-2 à D. 1151-11).
Aux règles de base pratiquées depuis 2019 est venu in extremis se rajouter le décret 2022-243 du 25 février 2022, à savoir l’obligation de fixer et publier les objectifs de progression de chacun des indicateurs qui n’ont pas eu le maximum de points pour les entreprises ayant obtenu entre 75 points et 85 points.
De fait, le législateur pousse les entreprises à avoir au moins 85 points… Beaucoup d’entreprises vont donc devoir faire des efforts ou revoir leur index. Aussi, comment faire pour optimiser sa note à court terme ?
Revoir ses pratiques de calcul
Rappel du contexte
En 2019, première année de publication de l’index sur la base des données 2018, les entreprises ont été un peu prises au dépourvu et nombreuses n’étaient pas prêtes. Seules 1/3 ont réussi à publier dans les temps, et il s’agissait des grosses entreprises de plus de 1 000 salariés. À leur corps défendant, les règles de calcul décrites dans le décret d’application étaient très génériques et le ministère du Travail, sur le site travail-emploi.gouv.fr, a créé un questions/réponses au fur et à mesure des questions précises remontées.
Enfin, au sein des entreprises, s’est posée la question de qui allait être en charge de réaliser les calculs… Et on a vu tous les profils possibles : comptable, gestionnaire paie, responsable RH, responsable juridique, responsable rémunération, avocat social, chargée de mission RH, contrôleur de gestion sociale… Chacun avec son angle de vue, qui souvent, n’aborde pas la rémunération sous l’angle de l’égalité des sexes.
Depuis, dans une logique de cohérence, et même si les responsables de l’index ont changé, on a souvent continué à partir des formules créées à l’époque.
Oser reprendre les calculs
Aussi, un premier conseil pour optimiser son index, est d’oser reprendre les calculs.
En effet, depuis 2019, sur la base des questions remontées par les entreprises, les consultants, les avocats et les partenaires sociaux :
-le ministère a affiné ses réponses (par exemple en supprimant la condition de présence de 6 mois pour l’indicateur relatif au congé de maternité) ;
-des formations ont eu lieu ;
-des livres spécialisés (cf. G. Campistron, Piloter le contrôle de gestion sociale, Revue Fiduciaire, 2022) décrivent précisément les éléments à prendre en compte et montrent avec des exemples les types de calcul à faire.
Aussi, sur les bases de ces nouveaux éléments, il ne faut pas hésiter à reprendre l’ensemble des calculs.
Piloter le contrôle de gestion sociale
De la maîtrise des coûts sociaux à la Performance RH
Guillaume Campistron est l’auteur d’un ouvrage intitulé « Piloter le contrôle de gestion sociale », réédité par la Revue Fiduciaire en juin 2022, qui a vocation à analyser toutes les facettes de cette fonction dans un esprit 100 % pratique grâce à un très grand nombre de graphiques, de tableaux de bord et de schémas venant illustrer les différentes thématiques abordées. Vous pouvez le commander en ligne sur notre boutique en suivant ce lien : https://boutique.grouperf.com/produit/piloter-le-controle-de-gestion-sociale-2022
1re étape
Vérifier si les éléments de rémunération sont les bons ; il s’agit bien d’éléments de rémunération et pas seulement de paie. Il ne faut pas prendre en compte les éléments liés au poste (ex. : prime de salissure, de froid, etc.). Les points sur le CET (compte épargne-temps) ou les stock-options sont clairs aujourd’hui : on ne prend ni le CET, ni les stock-options.
Parmi les erreurs recensées, l’oubli de remonter les salaires et primes à 100 % pour des salariés ayant un temps réduit ou avoir choisi systématiquement l’année civile, alors que le décret permet de décaler la période de référence, ce qui peut avoir du sens en fonction des pratiques RH, car les résultats seront différents.
2e étape
Vérifier si les calculs correspondent bien au décret. Le simulateur Egapro, mis à la disposition des entreprises par le ministère du Travail, fait les calculs directement via le site. Le problème est qu’il affiche uniquement les résultats, ce qui ne permet pas de voir les calculs. Il paraît préférable d’utiliser le tableur Excel ou son propre reporting, de manière à voir tous les calculs.
Parmi les erreurs recensées, à l’indicateur n° 4 retour de congé maternité, la salariée doit être de retour physiquement (attention aux congés payés et au congé parental), et même si elle n’a pas été prise dans le calcul de référence de l’indicateur n° 1, elle doit figurer dans le calcul.
Une autre erreur classique est le seuil de pertinence, avec 5 % ou 2 %. Les 5 % sont réservés aux entreprises qui appliquent les règles de base fixées par le décret et qui constituent donc leurs groupes de comparaison par catégorie socio-professionnelle (ouvriers employés, etc.), éventuellement avec des regroupements. Dès lors que l’entreprise choisit une autre classification, le seuil de pertinence passe à 2 % (voir § 7-10).
3e étape
Si vous constatez des erreurs et que les nouveaux résultats donnent de meilleurs calculs, la question est : préférez-vous corriger ? Ou changer la méthode à compter de 2022 ? Tout dépendra de la hauteur des nouveaux résultats et de la position des anciens calculs par rapport aux seuils des 75 points et 85 points.
Si vous désirez corriger une année, vous en avez le droit, mais il va falloir passer devant le CSE et renvoyer à la DREES le détail des nouveaux calculs, puisque les informations transmises étaient erronées. Cette décision est à partager avec la direction, en particulier en fonction du climat social.
Repérer où optimiser sa note à court terme
5 indicateurs pour les plus de 250 salariés, 4 pour les autres
Indicateur n° 1 : écart de rémunération, 40 points
Indicateurs n° 2 et n° 3 : écart de taux d’augmentation et de promotion, 20 + 15 points (plus de 250 salariés : un indicateur pour les taux d’augmentation, un autre pour les taux de promotion ; de 50 à 250 salariés, un indicateur global pour ces deux paramètres)
Indicateur n° 4 : retour de congé maternité, 15 points
Indicateur n° 5 : dix plus hautes rémunérations, 10 points
Ci-dessous, nous présentons en premier lieu les indicateurs sur lesquels l'employeur n'a que peu de marge de manœuvre pour nous attarder ensuite sur ceux dont les résultats peuvent être améliorés.
Indicateur n° 5
En 2021, 35 % des entreprises concernées par l’index ont eu 0 point (soit, sur les dix plus hautes rémunérations, 0 ou 1 personne du genre le plus défavorisé), 40 % ont eu 5 points (soit 2 ou 3 personnes du genre le plus défavorisé) et seules 25 % ont eu 10 points (soit 4 personnes du genre le plus défavorisé ou une représentation équilibrée avec 5 femmes et 5 hommes).
C’est l’indicateur qui a le moins progressé en 3 ans d’index. Partant de ce constat, le gouvernement a publié une nouvelle loi, dite « loi Rixain », du 24 décembre 2021, pour les sociétés de plus de 1 000 salariés, afin de les pousser à une meilleure répartition au sein des instances dirigeantes ou comités de direction, qui sont logiquement les lieux où se situent les 10 plus hautes rémunérations.
Il s’agit donc d’actions de long terme. À court terme, ce n’est pas sur cet indicateur que vous pouvez optimiser votre note.
Indicateur n° 4
En 2021, seules 11 % des entreprises concernées n’avaient pas eu leurs 15 points. Nous rappelons que cet indicateur est binaire : ou vous respectez la loi et vous avez les points ; ou vous avez eu 1 écart, et 1 seul cas suffit, et vous perdez la totalité des points.
89 % des entreprises ont eu leurs points ; en 2019, elles n’étaient que 33 % ; dès 2020, on a constaté un net redressement de cet indicateur. Seules restent les entreprises qui ne désirent pas appliquer la règle.
À court terme, ce n’est pas sur cet indicateur que vous pouvez optimiser votre note.
Indicateurs nos 2 et 3
La majorité des entreprises ont eu leurs points. Cela s’explique aussi par le jeu de compensation, dit « d’effort », qui existe entre l’indicateur n° 1 et les 2 et 3.
En effet, l’employeur qui désire favoriser le genre le plus en retard sur l’indicateur n° 1 va mécaniquement augmenter plus fortement les augmentations individuelles de cette population, provocant un déséquilibre sur les calculs des indicateurs 2 et 3. Aussi, afin de ne pas pénaliser les efforts de régularisation, la règle est de donner le maximum des points.
À noter que cette règle cesse de s’appliquer si la société a eu 40 points sur 40 à l’indicateur n° 1, ce qui peut faire redescendre la note.
Indicateur n° 1
Rappel du calcul
À court terme, c’est plus sur cet indicateur qu’il faut porter son attention pour optimiser sa note, et tendre vers les 40 points.
Cet indicateur a pour effet de montrer l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes.
Il s’agit d’une matrice avec d’un côté les âges par tranche de vie (moins de 30 ans, de 30 à 39 ans, de 40 à 49 ans, 50 ans et plus), ce qui correspond souvent aux tranches de vie professionnelles ; ces tranches d’âge sont figées, l’employeur ne peut les modifier.
De l’autre côté, vous avez libre choix pour regrouper les salariés.
Le gouvernement favorise un regroupement selon les critères de l’INSEE (ouvrier, employé, technicien-agent de maîtrise TAM, cadre), ce qui vous fait bénéficier d’un calcul avec un seuil de pertinence de 5 %.
Beaucoup d’entreprises ont pris par défaut ce choix de regroupement en 2019, et on a continué après ; mais si vous avez 90 % de cadres, est-ce vraiment si intéressant ?
Conseil
Réaliser en premier le scénario avec la méthode de l’INSEE, même si cela vous semble éloigné de la réalité. Cela donne une première note.
Poursuivre avec d’autres scénarios en changeant les critères de l’INSEE par une autre méthodologie qui pourrait avoir du sens, par exemple regrouper par grands domaines d’activité comme Front office / Back office. Vous pouvez le faire, car vous mélangez les métiers (pour rappel il est interdit de travailler uniquement par métier).
Vous pouvez aussi travailler sur les responsabilités, en mélangeant plusieurs niveaux de responsabilités.
Enfin, vous pouvez croiser un regroupement d’activités avec les responsabilités.
Cela vous fait trois scénarios en plus de la méthode de l’INSEE.
Point de vue juridique
A-t-on le droit de modifier la structure de l’indicateur n° 1 par une autre structure sur l’année suivante ? Oui, tout à fait.
En revanche, cela nécessite que vous prépariez des arguments, car vous devrez consulter le CSE pour leur expliquer pourquoi vous changez de méthode ; et par ailleurs les mêmes arguments sont à garder en cas de contrôle par la DREETS.
En règle générale, le fait de changer la méthode INSEE pour une autre méthode permet de mieux voir où sont les écarts, et donc de corriger à terme… ce qui est bien l’objectif final.
Les résultats de l’index de l’égalité professionnelle 2022
Depuis 2019, toutes les entreprises de plus de 250 salariés et, depuis 2020, toutes celles de plus de 50 salariés doivent calculer et publier leur Index de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (note globale sur 100), chaque année au 1er mars.
Créé par la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, l’index de l’égalité professionnelle permet aux entreprises de mesurer les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes et met en évidence les points de progression sur lesquels agir quand ces disparités sont injustifiées.
Cette année, 61 % des entreprises de plus de 50 salariés ont publié leur note, comme l’an dernier à la même date. La note moyenne progresse d’un point par rapport à 2021 pour s’établir à 86/100, ce qui est un point positif.
Deux des cinq indicateurs sur lesquels s’appuie l’index sont en progression par rapport à 2021 :
-le « retour de congé » : 2 354 (11 %) ont obtenu 0 et sont donc en infraction vis-à-vis de la loi de 2006 ;
-parité dans les 10 meilleures rémunérations : 27 % des entreprises respectent une parité ou une quasi-parité (avec une note de 10/10) et 5 entreprises sur 10 de plus de mille salariés comptent moins de 2 femmes parmi ces 10 plus grosses rémunérations.
Bon à savoir. La « Loi Rixain » publiée au Journal officiel du 26 décembre 2021, visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle entre les femmes et les hommes, instaure de nouvelles obligations pour les entreprises, notamment par l’imposition d’un quota de 30 % puis 40 % de femmes parmi les cadres dirigeants et les membres des instances dirigeantes.
Toutefois seulement 2 % des entreprises ont obtenu la note maximale de 100/100 ce qui signifie que toutes les autres entreprises doivent donc encore produire des efforts pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes.
Ministère du Travail, communiqué du 7 mars 2022 (extrait) ; https://travail-emploi.gouv.fr/actualites/l-actualite-du-ministere/article/les-resultats-de-l-index-de-l-egalite-professionnelle-2022
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