5 - Des questions/réponses éclairent la réforme des visites médicales
La « loi santé » et ses décrets d'application ont modifié sur de nombreux points les visites médicales du travail, dans le souci de lutter contre la « désinsertion professionnelle ». Des questions/réponses du ministère du Travail tirent les conséquences de cette réforme.
Ministère du Travail, Questions-réponses sur les mesures relatives à la prévention de la désinsertion professionnelle issues de la loi du 2 août 2021, version consultée le 16 mai 2022
L'essentiel
Le ministère du Travail souligne que le nouveau « rendez-vous de liaison », au cours duquel l'employeur et le salarié peuvent évoquer les conditions du retour en entreprise, n'est pas de nature médicale. / 5-1
Désormais facultative, la visite de préreprise est possible après seulement 30 jours d'arrêt de travail et peut être programmée dès lors que l'état de santé permet d'envisager une reprise d'activité professionnelle. / 5-5
Le ministère du Travail rappelle que, depuis le 31 mars 2022, la visite de reprise est obligatoire après 60 jours d'arrêt de travail pour maladie (contre 30 jours auparavant). / 5-7
Les questions-réponses abordent les différents aspects de la nouvelle visite médicale « de mi-carrière », qui doit être organisée l'année des 45 ans (sauf âge différent fixé par accord collectif). / 5-8
Rendez-vous de liaison
Un rendez-vous non médical entre l'employeur et le salarié pour « maintenir un lien »
En application de la « loi santé » (loi 2021-1018 du 2 août 2021), depuis le 31 mars 2022, l'employeur et le salarié ont la possibilité, à partir de 30 jours d'arrêt de travail pour maladie ou accident (professionnel comme non professionnel), de convenir d'un « rendez-vous de liaison », pour envisager les mesures qui peuvent être mises en œuvre dans la perspective du retour en entreprise : actions de prévention de la désinsertion professionnelle, examen de préreprise, mesures d’aménagement du poste et du temps de travail (c. trav. art. L. 1226-1-3 et D. 1226-8-1 nouveau ; voir FH 3933, § 4-2).
Selon les questions/réponses mises en ligne par le ministère du Travail sur son site internet (https://travail-emploi.gouv.fr/sante-au-travail/questions-reponses-sur-les-mesures-relatives-a-la-prevention-de-la-desinsertion/?id_mot=1996#liste-faq), il s'agit plus généralement de « maintenir un lien entre le salarié pendant son arrêt de travail et l'employeur ». Ce n'est pas un rendez-vous médical.
À noter
Nous ne traitons ici que des apports des questions/réponses du ministère du Travail en matière de visites médicales. L'administration aborde par ailleurs deux dispositifs rénovés par la loi santé pour, là encore, lutter contre la « désinsertion professionnelle » : l'essai encadré et la convention de rééducation professionnelle (CRPE). Nous avons décrit en détail ces dispositifs à l'occasion de la parution de leurs décrets d'application (voir FH 3935, §§ 9-1 et s.).
Après plus de 30 jours d'arrêt de travail
Pour qu'un rendez-vous de liaison puisse être organisé, le salarié doit être en arrêt de travail depuis plus de 30 jours. Le ministère du Travail indique que cette durée peut être continue ou discontinue.
Le rendez-vous de liaison peut être organisé à l'initiative de l'employeur comme du salarié. Le ministère du Travail précise que l'employeur doit informer le salarié de l'existence du rendez-vous de liaison.
Si c'est le salarié qui sollicite un rendez-vous de liaison, l'employeur lui propose une date dans les 15 jours.
Si c'est l'employeur qui prend l'initiative, il en informe le salarié par tout moyen, en lui rappelant l'objectif du rendez-vous de liaison et en lui précisant que ce n'est pas une obligation. Le code du travail précise en effet expressément que le salarié peut refuser de se rendre au rendez-vous proposé par l'employeur, sans que cela prête à conséquence (c. trav. art. L. 1226-1-3).
Si le salarié accepte, l'employeur lui propose une date dans les 15 jours.
L'employeur doit en outre prévenir le service de prévention et de santé au travail (SPST) 8 jours avant la tenue du rendez-vous.
Déroulement du rendez-vous
Selon le ministère du Travail, le rendez-vous de liaison peut être organisé « à distance ou en présentiel ».
Le SPST est par principe associé au rendez-vous, ce qui signifie qu'il peut y assister lorsque la situation du salarié le nécessite, à distance ou en présentiel, en la personne d'un membre de l’équipe pluridisciplinaire ou d'un membre de la cellule « prévention de la désinsertion professionnelle » du SPST (voir FH 3905, § 5-3).
Le SPST peut aussi préparer « des documents informatifs (prospectus, flyers) sur le rôle de la cellule de PDP, sur les visites de préreprise et plus largement sur les outils à disposition du salarié en faveur du maintien en emploi. »
Dans les entreprises de 250 salariés et plus, le « référent handicap » peut également participer au rendez-vous, mais sous réserve de l’accord du salarié (c. trav. art. L. 5213-6-1 ; voir « Statuts particuliers », RF 1129, § 3394).
Visite de préreprise
Préparer le retour en entreprise
Comme son nom l'indique, la visite de préreprise a pour but d'anticiper le retour du salarié en entreprise alors qu'il est en arrêt de travail à la suite d'une maladie ou d'un accident. Cette visite permet par exemple de mettre en place des aménagements et des adaptations du poste de travail (c. trav. art. L. 4624-2-4).
Elle s'apparente sur certains points au rendez-vous de liaison (voir § 5-1), avec néanmoins une différence de taille : la visite de préreprise est un examen médical dispensé par le médecin du travail.
Après 30 jours d'arrêt de travail
La visite de préreprise était obligatoire au-delà de 3 mois d'arrêt de travail, mais un décret d'application de la loi santé en a fait une visite facultative, tout en la rendant possible au-delà de seulement 30 jours d'arrêt de travail (c. trav. art. R. 4624-29 ; voir FH 3933, § 4-3). Le ministère du Travail souligne toutefois que « sa réalisation est encouragée car elle permet d’anticiper et de préparer dans les meilleures conditions le retour au travail du salarié. »
Le ministère du Travail indique qu'elle est organisée pendant l'arrêt de travail du salarié, « dès que son état de santé permet d'envisager une reprise d'activité professionnelle ». S'agissant du seuil de 30 jours, les questions/réponses ajoutent que la durée de l'arrêt de travail peut être continue ou discontinue.
Initiative de la visite
L'examen de préreprise peut être organisé à l’initiative du médecin traitant qui a prescrit l'arrêt de travail, du médecin conseil de l’assurance maladie ou du salarié, mais également, depuis le 31 mars 2022, à l'initiative du médecin du travail.
La nouvelle législation impose à l'employeur d'informer le salarié qu'il peut solliciter lui-même l'organisation d'une visite de préreprise. Le ministère du Travail indique qu'il peut par exemple lui délivrer cette information lors du rendez-vous de liaison (voir § 5-1).
Visite de reprise
L'employeur a l'obligation d'organiser une visite de reprise à l'issue des arrêts ou des congés suivants (c. trav. art. L. 4624-2-4 et R. 4624-31 ; voir FH 3933, § 4-4) :
-congé de maternité ;
-arrêt de travail pour maladie professionnelle, quelle qu'en soit la durée ;
-arrêt de travail d'au moins 30 jours pour accident professionnel :
-arrêt de travail d'au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnel.
C'est cette dernière catégorie d'arrêt qui a fait l'objet de modifications, puisque, avant le 31 mars 2022, la visite de reprise s'imposait à partir de 30 jours d'absence pour maladie ou accident non professionnel, et non à partir de 60 jours.
Les questions/réponses du ministère du Travail n'apportent ici aucune précision particulière. Elles rappellent que c'est à l'employeur de déclencher le processus en saisissant le SPST afin que celui-ci organise la visite de reprise le jour de la reprise effective du travail par le salarié et au plus tard dans les 8 jours qui suivent cette reprise.
L'objectif est de vérifier si le poste de travail ou, le cas échéant, le poste de reclassement est compatible avec l'état de santé du salarié, d’examiner les propositions d’aménagement ou d’adaptation du poste à la suite des préconisations qu'a pu émettre le médecin du travail lors de la visite de préreprise et d'envisager l’aménagement, l’adaptation du poste ou le reclassement du travailleur. La visite de reprise peut également déboucher sur un constat d'inaptitude.
Visite de mi-carrière
Établir un état des lieux et évaluer les risques de désinsertion professionnelle
Depuis le 31 mars 2022, les salariés doivent bénéficier d'une visite médicale à mi-carrière (c. trav. art. L. 4624-2-2). Les modalités de cette visite ont été définies par la loi santé (voir FH 3905, § 3-2). Elles n'ont pas donné lieu à décret d'application.
La visite médicale de mi-carrière poursuit trois objectifs :
-établir un état des lieux de l’adéquation entre le poste de travail et l’état de santé du salarié, à date, en tenant compte des expositions aux facteurs de risques auxquels il a été soumis ;
-évaluer les risques de désinsertion professionnelle, en prenant en compte l’évolution des capacités du salarié en fonction de son parcours professionnel, de son âge et de son état de santé ;
-sensibiliser le salarié aux enjeux du vieillissement au travail et à la prévention des risques professionnels.
Au cours de l'année civile des 45 ans
Il revient aux partenaires sociaux de définir l'âge auquel intervient la visite de mi-carrière. À défaut d'accord, la visite a lieu au cours de l’année civile des 45 ans du salarié.
Dès lors que la condition d'âge est vérifiée, la visite de mi-carrière peut être organisée à l'initiative du SPST, de l'employeur ou du salarié.
Le cas échéant, cette visite peut être anticipée et organisée conjointement avec une autre visite médicale, lorsque le salarié doit être examiné par le médecin du travail dans les 2 ans précédant l’échéance prévue (soit au cours d’une visite médicale effectuée durant l’année civile des 43 ans ou des 44 ans si l’on prend l’hypothèse d’une visite de mi-carrière à 45 ans).
Sur ce point les questions/réponses précisent simplement qu'en cas de couplage avec une autre visite prévue au titre du suivi individuel des salariés, l'attestation de visite indique que l'examen de mi-carrière a été réalisé à cette occasion et que le salarié a bien été sensibilisé aux enjeux du vieillissement au travail et aux risques de désinsertion professionnelle.
Déroulement de la visite
La visite de mi-carrière est réalisée par un médecin du travail, un infirmier en pratique avancé ou un infirmier en santé au travail.
Le ministère du Travail précise qu'elle peut s'effectuer en téléconsultation.
À l'issue de la visite, le médecin du travail peut proposer, par écrit et après échange avec le salarié et l’employeur, des mesures individuelles d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste de travail ou des mesures d’aménagement du temps de travail. L'infirmier n'a pas cette faculté, mais il peut orienter le salarié vers le médecin du travail afin de le faire bénéficier de mesures d'aménagement de poste ou du temps de travail.
Si le salarié est d'accord, dans les entreprises de plus de 250 salariés, le « référent handicap » peut assister aux échanges concernant les éventuelles mesures individuelles d’aménagement, d’adaptation ou de transformation de poste et/ou d’horaire (c. trav. art. L. 5213-6-1 ; voir RF 1129, § 3394). Cela implique, précisent les questions/réponses, que l'employeur informe le référent handicap de l'organisation de la visite. Le ministère du Travail souligne que le référent ne peut assister à la visite médicale elle-même.












