L’on peut repérer diverses descriptions de pathologies dès la seconde moitié du XIXe siècle. Dès lors, les conceptions plus modernes apparaissent. Ainsi, en 1882, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche dépeint « le travailleur zélé » comme un individu finissant par succomber à sa « vertu », norme sociale dénigrant l’égoïsme et valorisant le don de soi, jusqu’à en sacrifier sa vie (Nietzsche F., Le Gai Savoir, Gallimard Paris, 1882). Pour le philosophe, ce que l’intérêt général érige en vertu est en réalité nuisible pour la santé du salarié.
En 1911, Siegbert Schneider décrit dans l’Oberpfälzer Schulanzeiger, sous le titre « Lehrerkrankheiten » (Maladie des enseignants), une forme de neurasthénie des instituteurs, associant exacerbation sensorielle, migraine, fatigue, trouble de l’appétit et affaiblissement des performances (Körner S.C., Das Phänomen Burnout am Arbeitsplatz Schule, Thèse de doctorat en sciences de l’éducation, Université d’Erfurt, 2002, p. 5).
Les années 1920 voient quant à elles apparaître la notion de « fatigue industrielle » (Myers C.S., « Industrial Fatigue », Lancet vol. 197, n° 5082, 1921, p. 205-206), tandis qu’en 1956 est décrite une spectaculaire névrose des téléphonistes (Le Guillant L., « La névrose des téléphonistes », Presse médicale vol. 64, n° 13,1956, p. 275). En 1959, le psychiatre français Claude Veil théorise le concept au sein d’un article intitulé « Les états d’épuisement » (Veil C., Les états d’épuisement, Paris, Le Concours médical, 1959, p. 2675-2681) comme un état faisant suite au « franchissement d’un seuil ». Il compare l’individu à un compte bancaire disposant d’un capital d’énergie. Ainsi, la capacité de celui-ci à honorer les demandes dépend des provisions : une fois à « découvert », le « tirage », si petit soit-il, devient impossible.