Plusieurs salariés d'une entreprise du secteur industriel avaient dénoncé le comportement d'un collègue à qui ils reprochaient une attitude agressive et des actes d'intimidation. L'employeur avait en conséquence modifié les horaires de l'intéressé, qui était passé de l'équipe de l'après-midi à l'équipe de nuit, avec des horaires aménagés à sa demande, afin de « neutraliser, sans heurts, (ses) capacités de nuisance et limiter au maximum (ses) contacts avec les salariés s'étant ouverts de leurs peurs à (son) encontre ».
Mais l'intéressé était de sa propre initiative revenu travailler l'après-midi. L'entreprise l'avait alors licencié pour faute grave, lui reprochant, d'une part, de faire régner un climat de peur au sein de l'entreprise et, d'autre part, d'avoir repris ses horaires d'équipe de l'après-midi, sans l'accord de la direction.
Pour apporter la preuve du comportement toxique du salarié envers ses collègues, l’employeur avait fourni aux juges deux constats d’audition, établis par un huissier de justice (aujourd'hui, il s’agirait d’un commissaire de justice), qui reprenaient les témoignages de cinq salariés. Ceux-ci faisaient ainsi état de négligences volontaires de leur collègue dans le cadre de son travail et d'une attitude irrespectueuse, voire agressive, tant verbalement que physiquement envers eux.
Or, ces témoignages avaient été anonymisés, de sorte que le salarié fautif ne connaissait pas l'identité des cinq personnes qui l'avaient incriminé. À l'inverse de l’employeur et des juges, qui avaient à leur disposition un original des constats comportant le nom des auteurs des témoignages.