La DSS a souhaité attirer l’attention des rédacteurs des actes instaurant la PPV sur « l’intention du législateur » en prenant l’exemple de l’ancienneté.
De prime abord, il est intéressant de rappeler que le critère de l’ancienneté n’existait pas au temps de la prime exceptionnelle de pouvoir d'achat (PEPA), mouture antérieure de la PPV. En effet, ce critère de modulation a vu le jour avec la PPV, et a plus précisément été ajouté au cours des débats parlementaires, en commission des affaires sociales (CAS) de l’Assemblée nationale, à l’occasion de la première lecture du projet de loi (amendement n° AS290 du 9 juillet 2022).
Cet amendement adopté en raison de son caractère objectif a suscité quelques échanges (commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, séance du 12 juillet 2022) comme, par exemple : « sur le terrain, l’un des enjeux pour les entreprises est de fidéliser leurs salariés, ce qui suppose certes de mieux les rémunérer, mais aussi de valoriser leur fidélité à l’entreprise. Il me semble intéressant, tout en veillant à éviter une dérive qui priverait certains salariés de primes en raison de leur ancienneté, de valoriser ceux qui s’engagent dans la durée auprès des entreprises. Nous constatons un développement excessif de l’intérim, du fait non des entreprises mais des salariés. Cela pose problème pour certains postes qui exigent une formation longue, sur des machines de valeur » (M. Thibault Bazin).
Ainsi, il ressort de cet échange, qu’au contraire, la valorisation de l'ancienneté était une mesure prônée par les parlementaires.
Plus encore, un député a expressément proposé d’encadrer les écarts du montant de la prime du simple au triple, ou au moins dans un rapport de 1 à 12 (amendements AS143 et AS151 de M. Gérard Leseul). Or, Madame Le Rapporteur a exclu toute mesure en ce sens dans les termes suivants : « Avis défavorable. Outre que nous souhaitons éviter la rigidification du dispositif et conserver sa simplicité, le Conseil d’État nous met en garde contre les ruptures d’égalité » (rapport CAS Assemblée nationale, p. 234). Soutenir que l’intention du législateur est d’éviter les écarts disproportionnés, alors que des amendements encadrant ces écarts ont été rejetés, interroge…
Inversement, ce que le législateur a voulu proscrire, c’est une modulation en fonction d’un critère de performance du salarié, ce qui aurait eu pour résultat de transformer la PPV en prime de performance individuelle (amendement AS94 de M. Thibault Bazin rejeté).
L’intention du législateur mis en avant par la DSS pour justifier sa position est donc loin d’être évidente !