L’abandon de poste résultant d’un arrangement entre l’employeur et le salarié
Licenciement et présomption de démission
Jusqu’à présent, lorsque les deux parties souhaitaient se séparer sans opter pour une rupture conventionnelle, notamment en raison du coût de l’indemnité de rupture conventionnelle si le salarié avait de l’ancienneté, l’abandon de poste suivi d’un licenciement pour faute grave était une solution privilégiée.
Le salarié ne souhaitait pas démissionner pour ne pas être privé des indemnités chômage et était volontaire pour abandonner son poste de travail.
Du côté de l’employeur, cette rupture ne coûtait rien et reposait sur un motif de licenciement pour faute grave indiscutable.
Est-ce que, malgré le nouveau texte, l’employeur et le salarié qui souhaitent se quitter en bons termes en permettant à l’employeur de ne verser aucun centime, et au salarié de bénéficier des indemnités chômage, pourront toujours opter pour une telle procédure ?
Est-ce qu’un employeur pourra décider de licencier un salarié qui abandonne son poste de travail sans présumer de sa démission ?
Jouer sur le délai laissé au salarié pour revenir ou s’expliquer
La loi prévoit que le salarié qui a été mis en demeure de justifier de son absence et qui n’a pas répondu dans le délai fixé par l’employeur est présumé avoir démissionné à l’expiration de ce délai.
Dès lors que la mise en demeure aurait été envoyée par l’employeur, au terme du délai fixé par celui-ci, il existera une présomption de démission.
Quelles options s’offrent à l’employeur pour mettre en place néanmoins un licenciement qui permettrait au salarié de bénéficier de ses indemnités chômage ?
La première option peut consister dans le fait de fixer un délai de justification très long au salarié.
En effet, le décret à paraître fixera un délai minimum.
Cependant, l’employeur pourra parfaitement opter pour un délai beaucoup plus long (par exemple un mois, alors que le délai serait de 15 jours) et procéder au licenciement pour faute grave avant la fin du délai qu’il aurait fixé. Cette situation n’est pas idéale pour sécuriser le motif de licenciement.
L’employeur pourrait également opter pour un délai plus court que le délai minimum qui sera fixé par décret.
Dans ce cas, à l’expiration du délai précisé dans la mise en demeure, il pourrait engager une procédure de licenciement pour faute grave, étant précisé que l’absence de justification du salarié ne sera donc pas constitutive d'une présomption de démission (puisque dans cette hypothèse le délai laissé au salarié serait inférieur au minimum fixé par décret).
Envoyer deux mises en demeure
Il pourrait aussi envoyer deux mises en demeure laissant des délais courts au salarié pour se justifier.
La présomption de démission ne sera pas acquise, les termes de la loi n’étant pas strictement respectés.
En revanche, le fait d’envoyer plusieurs mises en demeure et de laisser au salarié plus de temps pour se justifier permettra de consolider le motif de licenciement en cas de contentieux.
Une présomption… reste une présomption, et il est possible de ne pas s’en prévaloir
Enfin, même si le salarié est présumé démissionnaire au terme du délai fixé par l’employeur, il ne s’agit que d’une simple présomption.
Une présomption est un mode de raisonnement juridique qui permet de déduire l’existence d’un fait à partir d’un premier fait connu.
La présomption a pour effet le renversement de la charge de la preuve, celui qui émet une allégation est dispensé d’avoir à prouver les éléments nécessaires au soutien de sa prétention.
Est-ce que l’employeur n’aurait pas la liberté néanmoins d’engager une procédure de licenciement pour abandon de poste et de ne pas se prévaloir de cette présomption ?
En effet, s’il est de jurisprudence constante que rupture sur rupture ne vaut et qu’il est impossible de rompre un contrat de travail qui aurait déjà été rompu pour une autre cause, le texte ne prévoit pas que le contrat est rompu à l’expiration du délai fixé par la mise en demeure, mais seulement qu’il existe une présomption de démission.
L’employeur est libre de s’en prévaloir ou pas.