Un attaché commercial avait en charge un vaste secteur d’activité, qui couvrait sept départements.
Il se rendait chez les différents clients de l’entreprise au moyen d’une voiture de société, qui, si l’on peut dire, lui servait également de bureau. En effet, la voiture étant dotée d’un kit main libre, le salarié prenait des rendez-vous, conversait avec des clients et des collaborateurs, etc.
Près de 5 ans après avoir été embauché, cet attaché commercial avait saisi le conseil de prud’hommes pour demander la résiliation judiciaire de son contrat de travail. Il reprochait à l’employeur de ne pas traiter comme du temps de travail effectif le temps nécessaire pour se rendre de son domicile à son premier client, puis, en fin de journée, de son dernier client à son domicile. Selon lui, ce temps constituait un temps de travail effectif et avait notamment généré des heures supplémentaires, dont il réclamait le paiement.
L’employeur avait licencié le salarié une dizaine de mois plus tard.
Ainsi que nous l’avons vu plus haut, la jurisprudence de 2018 ne laissait que peu d’espoir à ce salarié : même pour un itinérant, le temps de trajet domicile/travail ne saurait être qualifié de temps de travail effectif (voir § 5-2).
Pourtant, la cour d’appel a choisi d'aller à l'encontre de la jurisprudence et, surtout, la Cour de cassation a décidé de mettre à profit cette affaire pour procéder à un revirement, sous l’influence du droit européen.