Les raisons qui donneront aux garanties sociales un rôle plus important dans le droit de l’activité professionnelle
Plusieurs raisons convergentes font que les garanties sociales joueront un rôle beaucoup plus important dans le droit de l’activité professionnelle.
Le dépassement de l’opposition salarié/indépendant et ses conséquences
La principale tient au dépassement de l’opposition salarié/indépendant et à la réunification qui en découlera de la sécurité sociale de base (d’essence légale), déjà amorcée par le projet – stoppé du fait du coronavirus – de refonte complète du droit de la retraite, mais aussi par la gestion du RSI par la CNAV, déjà effective. Dans un droit social inspiré par plus de degré d’autonomie et de responsabilité, rendu possible grâce aux TIC, au numérique, à l’intelligence artificielle, la protection sociale fondée sur la solidarité ne peut qu’avoir un champ universel.
Mais cela va profondément affecter (dans le bon sens du terme) le deuxième pilier, celui des garanties collectives de prévoyance et de retraite, en ce qui concerne aussi bien le contenu des avantages que les sources créatrices des garanties. L’accord collectif prendra une place prééminente, dans la pratique car, au plan théorique, elle l’a déjà en raison de la hiérarchie consacrée par le Code de la sécurité sociale entre convention collective, référendum et décision unilatérale.
Le débordement de l’opposition salarié/indépendant, marqué par le dépassement (la marginalisation ?) du rôle de la subordination juridique pour identifier des catégories de travailleurs, ne peut qu’obliger à réfléchir aux instruments permettant à une collectivité déterminée de s’exprimer, en matière de garanties sociales mais pas seulement.
On notera de ce fait comme essentiel que la poursuite éventuelle d’un objectif de solidarité (qu’on ne saurait interdire puisqu’il s’agit d’un droit fondamental consacré par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne qui, depuis le Sommet de Lisbonne, a valeur de traité et donc s’impose aux États membres) donne de la consistance juridique à la collectivité des travailleurs concernés ; ceci en raison des finalités de la solidarité mais aussi des instruments permettant de la consacrer, au premier rang desquels la mutualisation qui permet de dépasser la technique assurantielle.
Le contenu du concept de garanties sociales
La deuxième raison qui fait qui les garantis sociaux auront un rôle accru dans le droit de l’activité professionnelle est liée au contenu du concept de garanties sociales.
Bien sûr sont concernés – et le seront toujours – les systèmes (ou régimes si est poursuivi un objectif de solidarité) de retraite et de prévoyance, étant entendu toutefois que les manifestations concrètes de ces avantages sont susceptibles d’évoluer au vu des mutations profondes touchant aux modes d’organisation du travail.
À titre d’exemple et pour que soit appréhendé le sens de cette remarque : le télétravail, en se généralisant pour un nombre important de citoyens par le travail au domicile (essentiellement ceux dont la prestation est immatérielle), ne peut qu’inviter à la création de prestations de prévoyance adaptées à ce type d’organisation du travail, ne serait-ce qu’en raison de l’impact des formes nouvelles de temps de travail sur le champ des conditions de travail.
Autre exemple : la relativisation de l’opposition salarié/indépendant et la prise en compte prioritaire du degré d’autonomie, donc de responsabilité, ne pourront qu’inviter à la création de garanties de prévoyance (et de retraite ?) s’appliquant simultanément à des catégories de travailleurs très différentes, dont, en particulier, la structure et la finalité de la rémunération seront différentes. Cela ne peut qu’inviter à l’inventivité en matière tant de nature d’avantages que d’assiette des cotisations et des prestations.
Concrétiser la portabilité des droits
La troisième raison qui conduit à donner aux garanties sociales un rôle majeur dans le droit de l’activité professionnelle, c’est l’absolue nécessité – parce que cela correspond à l’exigence de libre circulation des travailleurs, droit fondamental – de penser à la concrétisation de la portabilité des droits.
Elle est enfermée aujourd’hui dans des limites qui n’ont d’autre justification que l’approche technocratique du sujet, liée pour une grande part, aux conséquences fiscales et sociales (c’est-à-dire au sort des cotisations) du maintien des garanties malgré la disparition de la relation contractuelle avec l’entreprise les ayant créées.
Eu égard à la liaison entre libre circulation et portabilité, il n’y a aucune raison que le champ (conventionnel bien sûr) de celui-ci ne puisse être élargi à d’autres situations, par exemple la suspension du contrat de travail avec une entreprise pour tenter une expérience dans une autre. Et ici des solutions concrètes particulières sont concevables avec un minimum de créativité pour telle ou telle situation professionnelle, mais aussi pour telle ou telle garantie.